
Les parodies de La Seconde Tache
Rappel: ce blog n'est qu'une annnexe de "La Seconde Tache: le site (plus ou moins) holmésien, bête et méchant".
http://www.jean-claude-mornard.com/
La folie du colonel Burton War
par Josélito Bassemeuse
Au cours des soixante-neuf années que dura ma collaboration avec Shamrock Horse, nous nous trouvâmes souvent confrontés à des enquêtes indignes d'intérêt.
Cependant, nulle n'est plus indigne d'être racontée que celle du colonel Burton War.
C'est une histoire qui n'a ni queue, ni tête, ni queue.
Je ne suis même pas certain d'avoir compris tous les évènements qui se déroulèrent , ce jour d'été, tandis que le vent de décembre hurlait dans les rues de Londres, comme s'il avait une rancune personnelle à assouvir.
Horse, le premier mardi du mois, avait, selon son habitude, peint son nez en jaune.
Histoire qu'il se sente moins con, j'avais moi-même teint ma langue en violet.
Nous étions heureux.
On s'amusait d'un rien.
Un meurtre sauvage.
Une loutre en feu.
Un pet floche.
Un nez peint en jaune.
C'était la douce insouciance de la jaunisse, en quelque sorte.
Horse était grand et bronzé, ses poils de narines brillantinés, ses oreilles passées à l'encaustique, beau comme une voiture de pompier.
J'étais fort comme un truc, chevelu comme un perruquier, moustachu comme George Moustachu, avec ma gueule de métèque, de juif errant, de pâtes à la grecque.
La belle époque, quoi: Claude François venait de mourir, je n'avais pas eu de morpions depuis des lustres, Horse ne dégueulait pas encore quand il mangeait du goulash à la Framboise et Mrs Hickson n'avait pas encore l'habitude de faire sous elle à la moindre occasion.
Cette belle ordonnance allait bientôt voler en éclats mais, ce matin-là, tandis que Horse se lavait les pieds dans un bassin rempli d'anchois, nous l'ignorions encore.
Le premier signe du chaos se manifesta par l'intermédiaire de Microsoft Horse, le frère de Shamrock, qui fit une entrée fracassante dans notre living.
- Salut les tapettes ! fit-il, avec sa jovialité coutumière.
- Vas te faire, Mic ! répondit Shamrock avec son sens de l'à-propos sans égal.
- M'enfin ! lançai-je faute de trouver une meilleure réplique.
Microsoft était un homme plutôt enrobé.
Enin...je devrais écrire: carrément obèse.
Un hippopotame.
Une baleine.
Moby Dick avec des bajoues.
Jabba le Hutt en costume croisé.
Guy Carlier en plus british.
La planète Jupiter.
- J'ai une affaire à te soumettre, Shamrock, poursuivit l'aîné des Horse en avalant en vitesse une tourte aux rognons de veau, vestige de notre breakfast.
- Si c'est encore une affaire de plans volés dans tes bureaux, tu peux te la foutre où je pense, maugréa Shamrock Horse en envoyant une chiquenaude sur le nez de son frère.
- Pas du tout ! Je t'explique en deux mots: le colonel Burton War est devenu fou !
- Je ne suis pas vétérinaire ! s'emporta Shamrock.
- Mon non plus, ajoutai-je avec indignation.
- Vous, on ne vous a rien demandé ! me cracha Microsoft au visage en même temps qu'un bout de rognon de veau qui s'était égaré à l'intérieur d'une de ses bajoues.
- Ce que j'en disais ! répondis-je en me lavant les oreilles avec de la crotte de chien.
L'aîné des Horse se répendit sur le tapis, le canapé étant quinze fois trop petit pour acueillir son opulante personne.
- Ton tapis est très confortable, Shamrock, apprécia le cétacé humain.
- Il est en laine de yak, répondit fièrement le détective.
- J'aurais cru qu'il s'agissait de cheveux de jeunes chinoises !
- C'est hors de prix !
- Je sais, ma descente de lit est faite en cette matière .
- Vraiment ?
- Absolument.
- C'est fascinant ! Mais je suppose que tu n'es pas venu jusqu'ici pour me parler de ta descente de lit, Microsoft ?
Le gros Horse se mit tout nu, se roula dans le tapis et partit d'un grand éclat de rire.
- Toujours aussi fûté, Shamrock ! Je suis venu te voir parce-que le colonel Burton War est devenu fou !
- Vous l'avez-déjà dit, fis-je non sans à-propos.
- Vraiment ?
- Je vous assure !
- Vos gueules ! interrompit Shamrock Horse avec tact.
- Or donc, poursuivit Microsoft, je suis venu te voir, Shamrock, parce-que le colonel Burton War est devenu fou.
- En quoi cela est-il censé m'intéresser ?
- Mais voyons, Shamrock ! Il te doit mille livres ! Tu te souviens de ce pari stupide ?
Shamrock Horse se gratta le crâne avec une fourchette à poisson.
- Pas du tout.
- C'est normal, tu avais bu deux tonneaux de sardines !
- Trève de considérations biographiques ! Quel pari stupide ?
L'aîné des Horse tapota la tête d'un chien d'aveugle avec un morceau de lard fumé.
- Si je me souviens bien, tu avais parié que la reine porterait un bonnet de nuit rose lors de son jubilée et Burton War avait parié qu'elle serait coiffée d'une boîte de saucisses viennoises !
- Quel con ! fis-je comme qui dirait malgré moi.
- On vous a pas sonné, Hansom ! hurla Horse en me donnant une tape inamicale avec le tisonnier.
Microsoft lâcha une caisse discrète et me regarda d'un air accusateur.
- C'est celui qui le dit qui l'est ! lui balançai-je entre les deux yeux.
- En tout cas, poursuivit la baleine, tu ne toucheras jamais ton pognon, Shamrock !
Horse se masturba vigoureusement dans une de mes pantoufles et lança un regard noir à son frère.
- Pourquoi ? La reine portait bien un bonnet de nuit rose lors de son jubilée, non ?
- Certes, mais le colonel Burton War est devenu fou !
- Vous l'avez déjà dit, fis-je.
- Vraiment ?
- Je vous assure !
- Vos gueules! interrompit Shamrock Horse avec tact.
- Vous l'avez déjà écrit, non ? me demanda Microsoft Horse.
- Vraiment ?
- Je vous assure !
- Vos gueules ! interrompit Shamrock Horse avec tact.
- Vous l'avez déjà dit, Horse ! lui rétorquai-je avec autant de tact.
- Vraiment ?
- Je vous assure !
- Le colonel Burton War est devenu fou !
- Vous l'avez déjà dit aussi !
- Qui, moi ?
- Qui parle ?
- Micrososoft Horse, voyons !
- En ce cas, je suis formel: vous l'avez déjà dit !
- Qui a dit quoi ? s'emporta Shamrock Horse en avalant un cafard qui courait sur le mur.
- Qui a dit quoi ? demandai-je.
- C'est bien ce que je viens de demander !
- Oui mais, je veux dire dire, qui a dit quoi "quoi" !
- Moi, j'ai dit que le colonel Burton War était devenu fou ! s'étrangla Microsoft.
- Et moi j'ai dit " vraiment?"...enfin, je crois.
- Foutez le camp tous les deux ! mugit Horse en sortant une winchester de la poche de sa robe de chambre.
- Je crois qu'il est devenu fou, me lança Microsoft.
- Qui, le colonel Burton War ?
L'aîné des Horse me pinça la jambe gauche avec un homard.
- Mais non ! Shamrock !
- Vraiment ?
- Vous l'avez déjà dit, non ?
- Vraiment ?
- Vous l'avez déjà dit, non ?
Shamrock Horse ouvrit le feu et Microsoft et moi dûmes nous carapater dans l'escalier en quatrième vitesse.
Une fois dans la rue, le gros Horse, toujours tout nu, héla un cab et me laissa en plan.
Je décidai d'aller passer quelques heures à mon club, histoire de me changer les idées.
- Le colonel Burton War est devenu fou, m'apprit le portier en me regardant par dessus ses lorgnons.
- Vraiment ?
- Parfaitement ! Il venait tout juste d'avoir une conversation avec Microsoft Horse à ce qu'il parait !
- Vraiment ? Ca ne m'étonne qu'à moitié ? Il y a de la soupe aux pois aujourd'hui ?
C'est ainsi que s'acheva cette étrange affaire.
Le vent hurlait dans les rues de Londres.
J'aimais la sauce aux câpres.
Shamrock Horse veillait à la sécurité des habitants de Grande Bertagne.
Dalida n'était pas encore née.
Le colonel Burton War était devenu fou.
C'était le bon temps.
FIN
