
Les parodies de la Seconde Tache
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Le mystère des pattes de mouches
Par Zéphyron Tartagueule
Ce matin-là, mon vieil ami Shamrock Horse était d’humeur badine.
Il est comme ça, Horse : des fois, il est d’humeur badine, des fois d’humeur chat à neuf queues, des fois d’humeur fouet de chasse.
Lorsque je le rejoignis dans le salon, il me fit déculotter et me donna 67 coups de badine sur les fesses.
Ce petit rituel innocent se reproduisait environ sept ou huit fois par jour.
- Ca vous a fait du bien, Hansom ?
- Vachement ! Vivement que vous soyez d’humeur batte de baseball entourée de fil de fer barbelé !
- Je prévois ça pour après-demain, mon cher ami.
- Cool.
A cet instant, le détective poussa un hurlement sauvage en pointant un doigt décharné en direction de la table du petit déjeuner.
- Regardez, Hansom !
- Quoi ?
- Il y a des traces de pattes de mouche dans le beurre !
- Et alors ?
- Nous sommes en décembre, cher et bête ami !
C’est pourtant vrai que nous étions en décembre. Période de glissades dans la neige, de tartes aux crustacés, de marrons chauds dans la gueule, de sapins de Noël mal fichus, de chants doucereux, de coït chez les indigènes de Bruxelles-nord.
Décembre, le mois des bonshommes de neige, des…
- La ferme, Hansom ! L’important, c’est qu’il n’y a pas de mouche en décembre !
- Vraiment ?
- Pas plus que de cerveau dans votre boîte crânienne, je puis vous l’assurer ! Voila un mystère intriguant, énigmatique et néanmoins mystérieux !
Horse se gratta longuement le dos avec son violon et urina dans la cheminée.
C’était son habitude lorsqu’il était confronté à un problème insoluble.
- Pourquoi diable n’y aurait-il pas de mouche en décembre ? demandai-je, tout en cirant mes bottes de pêcheur et en donnant un petit coup de peigne à un yorkshire qui venait d’entrer par la fenêtre en voletant.
- Qu’est-ce que j’en sais, moi ! Il n’y en a pas et puis c’est tout !
- Quelle autorité, Horse ! Vous m’impressionnez !
- Et encore : vous ne m’avez jamais vu tout nu !
Je pouffai.
- Mais si ! Souvenez-vous : le jour où vous aviez décidé de dresser des phoques dans la fontaine de Trafalgar Square !
- C’est pourtant vrai ! Quelle mémoire, Hansom !
- Que fait-on à propos de ce mystère, Horse ?
- Quel mystère, Hansom ?
- Mais, voyons ! Celui des pattes de mouches dans le beurre !
Shamrock Horse se mit à réfléchir intensément.
Je voyais bien qu’il réfléchissait intensément au fait qu’il se coupait les ongles des orteils avec les dents.
C’est, chez mon vieil ami, le signe indiscutable de l’intense réflexion.
Parfois, il se passe un hareng mort dans les cheveux.
Mais, ce jour-là, aucun hareng mort ne nous avait rendu visite et Horse devait faire avec les moyens du bord.
Il fuma ensuite douze pipes en m’en fit trois.
Epuisé, j’allais dormir une heure dans le panier du chien (tellement épuisé, en fait, que j’avais oublié que nous n’avions pas de chien !)
Shamrock Horse, tout à ses réflexions, alla jouer du violon dans les toilettes.
Je pense qu’il en profita pour faire caca mais, n’ayant pas été directement témoin de la scène, je m’en voudrais d’induire mes lecteurs en erreur.
Lorsqu’il ressortit, une expression de triomphe éclairait son visage taillé aux ciseaux à ongles.
- J’ai trouvé ! mugit-il en dansant une petite gigue sur le tapis.
- Le papier toilette ?
- Non ! La solution du problème !
- Qu’elle est t’elle, si j’ose m’exprimer aussi vulgairement ?
- Nous nous passerons de beurre sur nos toasts !
- C’est génial, Horse !
- N’est-ce pas ?
- Vous êtes unique !
- Y’a pas d’autre mot.
Ainsi s’acheva l’affaire des pattes de mouches.
Le lendemain, nous fûmes confrontés au problème des traces de couilles de bouc dans le potage mais, ceci est une autre histoire.
