Les critiques de La Seconde Tache
Sunday, 5. October 2008

Rappel: ce blog n'est qu'une petite extension de "La seconde Tache, le site (pus ou moins) holmésien, bête et méchant"

http://www.jean-claude-mornard.com/

 

 

Shane Peacock: la jeunesse de Sherlock Holmes, tome 1, L'oeil du corbeau.

Milan jeunesse

385 pages

13€

Résumé de la quatrième de couverture:

Printemps 1867. Une femme est sauvagement assassinée dans une ruelle de Londres. Non loin de là, un jeune garçon de 13 ans rêve d'une vie meilleure. Il s'appelle Sherlock Holmes. Et il est fasciné par ce fait divers sordide. Il décide d'en savoir plus, de rencontrer l'accusé. Commence alors une contre-enquête qui le rend suspect à son tour....

Critique:

Encore un roman qui va faire bondir les puristes. Il faut avouer que, n'étant moi-même guère un holmésien "intégriste" ( du genre: "le canon, toujours le canon, rien que le canon"), certains détails m'ont pourtant laissé perplexe.

Quelle drôle d'idée, par exemple, de faire de Sherlock Holmes un gamin des rues, une sorte de Wiggins avant la lettre, vivant d'expédiants dans les quartiers pauvres de Londres, alors qu'il est généralement acquis que le détective a connu une enfance putôt aisée dans le Sussex.

Plus étrange encore est ce parti-pris de l'auteur de transformer Holmes en souffre douleur de ses camarades parce-qu'il est juif. On comprends l'intention: démontrer le racisme qui régnait à l'époque victorienne et qui n'est guère évoqué (volontairement du moins) par sir Arthur Conan Doyle. Toutefois, le postulat ne se base sur rien et n'est pas expliqué.

Il résulte de tout cela que le personnage que l'on voit évoluer au cours de cette histoire n'évoque guère Sherlock Holmes, même jeune.

D'autant que rien ne semble esquisser le futur limier: pas de déductions (plutôt des tatonnements et une part de hasard), pas de misogynie, même à l'état embryonnaire...rien.

De plus, l'habitude de l'auteur de saupoudrer son récit de noms ou de personnages empruntés à la réalité ou au canon tout en étant transformés (Andrew Doyle et sa fille Irene, Adalji en lieu et place d'Edalji, Maléfactor, qui n'est autre qu'un Moriarty en culottes courtes aisément reconnaissable) ne concourt qu'à éloigner son récit d'une quelconque réalité historique ou canonique plutôt que l'inverse.

Reste l'histoire en elle-même.

Hélas, il faut avouer qu'elle n'est guère passionnante et ne méritait pas un traîtement aussi long.

L'intrigue est linéaire et le dénouement très decevant.

Les répétions sont légions et les temps-morts bien trop nombreux (pendant des chapitres entiers, Sherlock Holmes va et vient, sans trop savoir où ni pourquoi, menant son enquête sans réel fil conducteur, au pif.)

En revanche, le style de l'auteur est vif et précis: il sait camper une ambiance. A ce titre, les premiers chapitres sont plutôt agréables à lire tant l'atmosphère empuantie de Londres est bien rendue. Hélas, on déchante vite.

Moins nunuche, dans la catégorie pastiches pour la jeunesse,que "Les aventures d'Enola Holmes, la petite soeur de Sherlock Holmes", plus lisible que "Sherlock Holmes et associés" dont la traduction bourrée de coquilles frise le scandaleux, ce livre n'en est pas pour autant le roman sur l'enfance de Sherlock Holmes que l'on était en droit d'espérer.

JC Mornard

 

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